Paysan, une profession, deux versions.
1. Pessimiste
Pour faire paysan, il faut vraiment être né dans ce milieu. Le matin pas question de faire la grasse matinée, les vaches
n'attendent pas, elles ont besoin d'être traites deux fois par
jour et toute l'année. A l'aurore, les paupières encore collées, tu
arrives à l'étable et tu penses à tes copains qui sont encore au chaud,
blottis dans leur nid conjugal. Mais tu as choisi, après tout, que ceux
qui ont des vaches les traient eux-mêmes. Il faut nettoyer ensuite les
allées, les logettes où quelques vaches sont encore couchées. Tu
pousses tout ce lisier dans la fosse prévue à cet effet. Le premier jour
de beau temps, il faudra bien la vider car elle est bientôt pleine. Tu
vas encore faire gueuler ceux des villas. Mais pour l'instant il pleut
sans arrêt, et tu te demandes si en haut, ils ne trouvent plus le moyen de
fermer les vannes. Il faut accepter le mauvais temps, ça fait partie du
métier, les paysans doivent savoir vivre avec la nature. Et puis autant
ce temps pourri que de voir débarquer tous ces contrôleurs de Fribourg
et de Berne. Tu as intérêt, quand ils arrivent, d'avoir rempli tous les
formulaires. Si ton journal des sorties du bétail ou ton inventaire des
engrais ne sont pas à jour, adieu les paiements directs. Tu sais dans les
homes médicalisés, il y a deux infirmiers pour une personne âgée. Dans
l'agriculture, il y a deux fonctionnaires pour un paysan.
Vivement que tu
sois vieux, ils te foutront la paix.
2. Optimiste
Paysan, c'est un beau métier. Quelle chance de se lever à l'aurore,
c'est un moment privilégié. En allant chercher les vaches au pâturage
pour la traite il m'arrive parfois d'entendre le hululement d'une chouette
qui a fini sa journée, ou plutôt sa nuit, de voir furtivement un renard
surpris par ma lampe de poche. Ensuite, c'est la traite, ce bon lait frais
qui sort des mamelles tendues et qui va servir à fabriquer ce magnifique
fromage qu'est le gruyère. Quand je pense qu'il y a des gens qui dorment
encore à ces heures, ils loupent des instants magiques.
Je travaille avec la nature, j'achète le minimum d'engrais pour
fertiliser mes prés. Tout le lisier est stocké dans une fosse durant
l'hiver. Nos amis qui habitent dans les quartiers de villas ont d'ailleurs
bien compris l'aspect écologique de l'épandage du purin, cet engrais si
naturel. C'est vrai que depuis quelques années, le paysan est devenu un
peu écolo. Avec la nouvelle politique agricole, beaucoup de personnes ont
trouvé du travail grâce aux agriculteurs. Par exemple les fonctionnaires
qui nous contrôlent tout au long de d'année, c'est grâce à nous qu'ils
peuvent nourrir leur famille.
C'est vraiment gratifiant de créer des postes de travail.
DSavary mai 2001 |
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